Dans son discours d’ouverture de la session d’automne du Parlement, le roi Mohammed VI a réaffirmé l’importance de la justice spatiale comme une option structurelle pour l’État. Il a appelé à intégrer cette notion au cœur des futures politiques publiques, la considérant comme un critère pour évaluer l’efficacité du nouveau modèle de développement et un moyen de corriger les déséquilibres dans la répartition des richesses et des services.
Le roi a précisé que la justice sociale et spatiale « n’est pas un simple slogan vide, ni une priorité temporaire dont l’importance pourrait diminuer selon les circonstances. C’est une orientation stratégique à laquelle tous les acteurs doivent s’engager », soulignant que le Maroc que l’État aspire à construire ne peut reposer sur des inégalités persistantes ou des distinctions géographiques injustifiées.
Il a également ajouté que le changement radical envisagé par l’État en matière de développement territorial nécessite une évolution significative des mentalités et des méthodes de travail, ainsi qu’une véritable culture des résultats, basée sur des données de terrain précises et une utilisation optimale des technologies numériques. Cela signifie que le nouveau concept de développement ne se limite plus au financement ou aux infrastructures, mais englobe également les outils de gouvernance et les mécanismes de suivi et d’exécution.
Ces orientations montrent que le discours parlementaire n’était pas déconnecté de son contexte, mais faisait directement écho au discours du trône dans lequel le roi a exprimé son refus de la dualité « Maroc à deux vitesses », tout en assignant aux diverses institutions la responsabilité de rétablir l’équilibre spatial en ce qui concerne l’investissement, les services de base et les infrastructures publiques.
Dans ce cadre, le roi a appelé à la mise en place d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial prenant en compte les spécificités de chaque région et garantissant l’égalité des chances entre les différents territoires urbains et ruraux. L’accent a été mis sur les zones vulnérables nécessitant une intervention qualitative, telles que les régions montagneuses et les oasis, afin d’atteindre une intégration effective et une solidarité territoriale mesurable.
Pour le chercheur en politiques publiques et en institutions constitutionnelles, Dr. Al-Bachir Haddad Al-Kabir, le choix de la justice spatiale comme sujet central du discours d’ouverture de l’année législative ne représente pas seulement une priorité technique mais aussi un symbole politique d’une transition dans la vision de l’État.
Dr. Haddad a déclaré, dans une interview accordée au site d’information électronique Watan 24, que « le développement territorial, tel que défini dans le discours royal, n’est plus seulement une affaire gouvernementale, mais s’est transformé en un enjeu institutionnel collectif », en ce qui concerne l’élaboration des lois, l’évaluation de leur impact et la garantie d’une répartition équilibrée des fruits de la croissance.
Il a ajouté que l’élaboration de cette nouvelle génération de plans ne se fera pas depuis la bureaucratie centrale, mais à travers une « mise en œuvre territoriale effective », dirigée par les conseils régionaux en tant qu’acteurs territoriaux principaux, en cohérence avec la philosophie de la régionalisation avancée et de la décentralisation administrative, en coordination directe avec les walis et les gouverneurs agissant en tant que responsables du suivi et de l’adaptation.
Dr. Haddad a également souligné que le discours redistribue les rôles au sein de l’État en établissant une approche fondée sur une « citoyenneté responsable », son principal objectif étant de servir le citoyen sur le terrain, plutôt que de faire des promesses générales éphémères.
Il a conclu en affirmant que nous assistons à une transition progressive de l’idée directrice à l’engagement exécutif, ce qui fait de la justice spatiale un véritable test de la capacité de l’État à démocratiser le développement.
Il a également noté que le Parlement n’est pas exclu de cet enjeu, il est même placé en première ligne, à travers un appel à une mobilisation législative complète et à une évaluation précise des politiques publiques ayant un impact territorial, des tâches stipulées par la constitution mais qui n’ont pas été suffisamment mises en œuvre par le passé.
Enfin, le discours royal d’ouverture du Parlement a proposé plus qu’une simple orientation générale, il a présenté une feuille de route claire, défini des priorités et réorganisé les missions entre les institutions de l’État, plaçant la justice spatiale comme un enjeu crucial et non pas uniquement comme une exigence sociale ou administrative conjoncturelle.

