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Accueil » SIEL 2026 : la langue française comme espace d’altérité au cœur des débats

SIEL 2026 : la langue française comme espace d’altérité au cœur des débats

La langue française en tant qu’espace pour écrire l’autre a été au centre d’une rencontre tenue, mardi à Rabat, pour échanger autour de la question de l’écriture et du rapport à l’altérité, dans le cadre de la 31e édition du Salon International de l’Edition et du Livre (SIEL), en présence de passionnés de la littérature francophone.

Initiée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), cette rencontre a réuni le lauréat de la mention spéciale du Prix des cinq continents 2024, Khalid Lyamlahy, ainsi que le lauréat de l’édition 2026 du même Prix, Alexandre Lenot, dont les œuvres interrogent des questions humaines contemporaines à travers des récits marqués par l’absence, la colère et la mémoire.

Les échanges ont ainsi soulevé la problématique de l’écriture à partir d’existences empreintes de silence ou d’oubli, et de la manière dont la littérature peut rendre l’invisible visible.

Intervenant à cette occasion, Khalid Lyamlahy, écrivain et universitaire, est revenu sur la genèse de son roman, “Évocation d’un mémorial à Venise”, expliquant qu’il est né d’un sentiment de colère et d’impuissance face à la noyade d’un jeune réfugié gambien dans le grand canal de Venise en 2017, un drame largement médiatisé puis rapidement oublié.

Inspiré de ce fait, M. Lyamlahy a construit un mémorial littéraire visant à interroger l’humanité face à des formes de violence ainsi que la faillite collective face à ce genre de tragédies.

L’écriture fragmentaire de ce roman, selon l’écrivain, vise moins à expliquer et plus à ouvrir des espaces de réflexion, en impliquant directement le lecteur. “Il s’agit d’ouvrir des portes et de mettre le lectorat face à sa responsabilité”, a-t-il dit, ajoutant que cela passe par le travail du langage et par la forme.

Aussi, il a mis en avant son rapport critique par rapport au langage, estimant que certains termes démocratisés, en l’occurrence “migrant” au lieu de réfugié, tendent à neutraliser les affects liés à ces histoires.

De son côté, l’écrivain Alexandre Lenot a dit que l’écriture de son roman intitulé “Cette vieille chanson qui brûle” a également été traversée par la colère, nourrie par des faits réels marqués par la violence institutionnelle.

Il a souligné le rôle déterminant du langage dans la compréhension de la réalité, notant que les mots peuvent parfois atténuer ou déformer la réalité des événements. Ainsi, il a considéré que la littérature n’a pas pour rôle de réparer le monde, mais plutôt de travailler les récits et les mots à une échelle intime.

Malgré les différences de forme de leurs récits, les deux écrivains se rejoignent sur l’importance de l’absence comme élément central de leur démarche littéraire.

Pour eux, il s’agit de faire exister des vies marginalisées ou effacées, en interrogeant ce que la littérature peut encore dire face à l’irréversible. Ainsi, l’absence devient non seulement un point de départ narratif, mais aussi un espace de réflexion sur la responsabilité et la capacité des mots à faire exister ce qui n’est plus visible.

L’OIF accompagne l’émergence de voix littéraires singulières à travers le Prix des cinq continents, qui distingue chaque année une œuvre de fiction d’expression française qui porte un authentique dialogue des cultures.

Organisé sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, du 1er au 10 mai, le SIEL connaît cette année la participation de 891 exposants, dont 321 exposants directs et 570 exposants indirects, représentant le Maroc et 60 pays arabes, africains, européens, asiatiques et américains.

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