Dans certaines zones populaires de Tanger, des méthodes innovantes de promotion illicite des drogues ont émergé ces dernières années, s’appuyant sur la structure urbaine fermée pour rendre difficile la détection des opérations. Ce constat est illustré par une intervention récente dans le quartier de la Sani dans laquelle les forces de sécurité ont agi le dimanche 21 septembre.
Un enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux a montré une transaction de drogues effectuée à travers une fenêtre, dévoilant une pratique apparemment régulière. À la suite de fortes indications visuelles, les autorités compétentes ont exécuté une opération coordonnée, ciblant trois unités résidentielles, qui a abouti à la saisie d’une quantité significative de résine de cannabis et de kif, ainsi que d’outils utilisés pour l’emballage et la distribution, comme des balances électroniques, des armes blanches, une bombe lacrymogène et des téléphones portables.
Un enquête préliminaire a été ouverte, sous l’égide du parquet, pour identifier les responsabilités criminelles, étant donné que les suspects ont réussi à s’enfuir par les toits, exploitant la configuration des bâtiments pour échapper aux patrouilles. Ces itinéraires, qualifiés de « chemins de fuite non détectés » par les forces de l’ordre, sont une méthode connue des réseaux de distribution dans les quartiers défavorisés.
Ce n’est pas un incident isolé. Dans d’autres quartiers, comme celui de la Terre d’État, des enquêtes et des témoignages font état de l’utilisation de ce qu’on appelle le « seau suspendu par une corde », qui permet d’effectuer des échanges entre le dealer et le client sans contact direct ou descente dans la rue.
Ces techniques sont parmi les « pratiques dissimulées » documentées dans les rapports de sécurité, qui se déroulent souvent dans des zones résidentielles, compliquant la surveillance et réduisant les possibilités d’intervention directe. La stratégie adoptée par les forces de sécurité est axée sur des interventions ciblées, basées sur des données précises et des méthodes de surveillance soutenues par des preuves.
Posséder des volumes de drogues emballées, avec des équipements de pesage et d’emballage, ainsi que des moyens de défense ou de transport, constitue des indices matériels suffisants pour établir une base légale et orienter les charges judiciaires vers le trafic de drogues au sein d’un groupe criminel organisé, conformément aux dispositions de la loi de 1974 sur la lutte contre la toxicomanie et les articles pertinents du code pénal.
La réaction rapide à la vidéo diffusée démontre l’efficacité du « pointage visuel des indicateurs criminels », une méthode mise en œuvre par la Direction générale de la sécurité nationale dans le cadre du plan national de lutte contre la criminalité urbaine. Les interventions sont basées sur des données sources ouvertes (OSINT) et des alertes reçues de citoyens, vérifiées par des observations sur le terrain, suivies de demandes de perquisitions auprès de la justice.
Cependant, des sources sur le terrain soulignent que le succès des opérations de démantèlement ne se mesure pas seulement au nombre de personnes arrêtées, mais à la capacité à neutraliser les points critiques et à priver le réseau de ses ressources d’approvisionnement ou de distribution, augmentant ainsi le coût criminel pour les acteurs. Cela les contraint à commettre des erreurs exploitables lors d’une surveillance continue.
Des cas récurrents montrent que les mêmes foyers criminels peuvent être réactivés après un certain temps, mais avec des acteurs différents, rendant la lutte contre ces phénomènes un défi complexe nécessitant une approche institutionnelle globale qui dépasse la seule action policière.
Les recommandations de certains organismes de sécurité suggèrent de classer ces quartiers parmi les « zones urbaines prioritaires en matière de sécurité », permettant ainsi d’intensifier les interventions préventives et d’élargir la marge de recherche et de perquisition dans un cadre légal. Les nouvelles méthodes de distribution reposent souvent sur de petites cellules difficiles à suivre sans une approche intégrée qui considère les données urbaines et sociales.
En l’absence d’une stratégie complète, ces pratiques restent susceptibles de se redévelopper, même avec de nouveaux moyens. Les interventions sur le terrain, bien qu’efficaces, nécessitent des résultats judiciaires solides, des mécanismes de surveillance communautaire sécurisés, et des programmes d’insertion ciblant les adolescents souvent impliqués dans ces réseaux sans être fréquemment tenus pour responsables au niveau pénal.
Si aujourd’hui les toits sont utilisés comme voies d’évasion, les fenêtres comme points de vente, et les seaux comme moyens d’échange, cela ne traduit pas seulement un comportement criminel circonstanciel, mais une ingénierie parallèle de distribution exploitant la vulnérabilité des infrastructures résidentielles et le faible niveau de couverture des services, créant ainsi une économie souterraine aux ramifications locales quotidiennes, difficilement dismantelable par une simple répression circonstancielle.
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